Gervais Morillon est né, le 8 novembre 1893, au lieu-dit le Ribreau à Poitiers dans la Vienne, de Grégoire Urbain, cultivateur dans une pépinière de Breuil-Mingot et de Marie Léone Armana Rossignol. Appelé comme son frère Georges – qui sortira vivant de cette guerre – lors de la déclaration de la guerre, Gervais écrit à ses parents, le 14 décembre 1914, de «Tranchées-Palace » :
Chers parents,
II se passe des faits à la guerre que vous ne croiriez pas ; moi-même, je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu ; la guerre semble autre chose, eh bien, elle est sabotée. Avant-hier – et cela a duré deux jours dans les tranchées que le 90e occupe en ce moment – Français et Allemands se sont serré la main ; incroyable, je vous dis ! Pas moi, j’en aurais eu regret.
Voilà comment cela est arrivé : le 12 au matin, les Boches arborent un drapeau blanc et gueulent : « Kamarades, Kamarades, rendez-vous. »
Ils nous demandent de nous rendre « pour la frime ». Nous, de notre côté, on leur en dit autant, personne n’accepte.
Ils sortent alors de leurs tranchées, sans armes, rien du tout, officier en tête ; nous en faisons autant et cela a été une visite d’une tranchée à l’autre, échange de cigares, cigarettes, et à cent mètres d’autres se tiraient dessus ; je vous assure, si nous ne sommes pas propres, eux sont rudement sales, dégoûtants ils sont, et je crois qu’ils en ont marre eux aussi.
Mais depuis, cela a changé ; on ne communique plus ; je vous relate ce petit fait, mais n’en dites rien à personne, nous ne devons même pas en parler à d’autres soldats. Je vous embrasse bien fort tous les trois.
Votre fils, Gervais.
La deuxième bataille d’Artois est fixée au 9 mai 1915 pour un secteur qui va de Loos à Bapaume. L’offensive principale est le dégagement du plateau de Lorette, la prise de la crête de Vimy et de pousser dans la plaine de Douai afin de reprendre la guerre de mouvement tant attendue par les généraux, Loos-en-Gohelle étant l’un des secteurs de diversion.
Pour ce secteur, l’artillerie française épaulée par celle des britanniques, pilonne les tranchées allemandes de La Bassée jusqu’au sud de Loos. Après cette phase, les 281ème, 114ème et 90ème régiments d’infanterie attaquent en direction du village en partant de l’actuel cimetière anglais de la route de Béthune. Rapidement, le 11ème et le 90ème poussent vers la deuxième ligne allemande située à la lisière de Loos où ils sont stoppés net par l’artillerie et le tir des mitrailleuses embusquées dans les maisons et dans le cimetière qui est transformé en place forte. Ne pouvant aller plus loin, ils regagnent la première ligne allemande conquise et consolident cette dernière.
Les mitrailleuses allemandes, se trouvant dans la redoute face au 281ème,ne sont pas réduites au silence. II ne peut, de ce fait, s’élancer sur la première ligne allemande sans risquer de perdre le gros du régiment. De ce fait, l’aile gauche du 114ème retrouve sa couverture.
Dans la nuit du 10 et toute la journée, les allemands lancent contre-attaque sur contre-attaque et reprennent le terrain perdu la veille. Dans la nuit du 10 au 11, les unités sont relevées par le 125ème et le 68ème dans le but de reprendre la première ligne allemande. Cette contre-attaque française n’aboutit pas et, il faudra attendre, le 25 septembre 1915, pour que le village de Loos retrouve une partie de sa liberté.
Le caporal Gervais Morillon, du 90ème régiment d’infanterie, est « mort pour la France », porté disparu le premier jour de la bataille, à Loos, Pas-de-Calais. Le journal de marche du régiment indique les pertes à la fin de cette journée : tués : 10 officiers, 6 sous-officiers et 90 hommes – « disparus » : 3 sous-officiers et 139 hommes auxquels s’ajoutent les blessés : 14 officiers, 23 sous-officiers et 234 hommes … et décrit cette journée : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/jmo/img-viewer/26_N_668_014/viewer.html





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