Publié par : ds672 | juin 24, 2013

Paroles de poilus n°9.

Joseph Léon Alfred Henri Bastien est né, le 5 décembre 1889, de Joseph, 26 ans, propriétaire vigneron et d’Anna Marie Thérèse Chobaut, 20 ans, dans le village de Chaligny, proche de Nancy. Avec l’entrée en guerre, Léon Bastien laisse sa fiancée Louise pour aller combattre avec le 69ème régiment d’infanterie.

Il écrit dès le début du conflit: « Quoique le sacrifice de ma peau soit fait, par moments c’est très dur à avaler, après un beau rêve comme celui que j’avais fait ! Enfin, ne nous désolons pas, remettons notre avenir entre les mains de Dieu qui peut tout ! ». D’autres lettres à sa fiancée vont suivre.

le 6 août 1914 :

Voilà quatre jours que nous avons pris les avant-postes de jour. De nuit, c’est \e plus dur. Nous n’avons pas encore vu un seul Allemand. Hier, un bataillon du 26e a fait prisonnier 130 uhlans. Ceux-là, au moins, seront quittes d’être tués.

Je suis avec Darbelley, Labroche (un de Ludres, un de Chavigny), j’ai comme ser­gent Marguelon (de Neuves-Maisons)… Hier au soir, nous nous sommes repliés pour passer en 2e ligne, donc pour le moment pas de danger d’être tué. Surtout ne nous oubliez pas dans vos prières. Je t’envoie un bien doux baiser. Je ne signe pas, c’est défendu.

le 13 août 1914 :

Impossible de te dire où nous sommes, pour que l’ennemi ne sache pas nos emplacements. J’ai déjà envoyé quatre lettres, j’ignore si tu les as reçues, comme je parlais de ce que nous avions fait.

Nous attendons le moment propice pour les écraser, qu’il n’en reste donc plus, si je tenais le dernier, en ce moment que j’ai la rage au cœur, en pensant que je ne te reverrai peut-être plus, cela serait de bon cœur que je les écraserais. Je vou­drais toujours bien avoir des nouvelles du pays de chez nous, de chez toi, ma petite chérie. Quand je pense à toi, je pense aussi à la chanson que nous chantions si bien ensemble, à l’ombre d’un grand chêne.

Voilà la triste réalité, fais comme je si tu perds courage par moments, fais comme je t’ai indiqué. Le seul remède, le vrai, tu le connais, je te l’ai demandé avant de partir, fais-le, ne l’oublie pas. Un jour, si nous nous retrouvons, nous y penserons ensemble et cela sera un remerciement …

août 1914 :

C’est pour passer le cafard, ce cafard horrible que je veux venir causer un peu avec toi. Je vais très bien, un fait exprès, cette maladie de nerf est passée, j’en remercie Dieu.

Hier, nous avons franchi la frontière, sans un coup de feu, tout à fait émus. Si tu avais vu le poteau frontière ce qu’il a pris : démoli, nous l’avons jeté dans la Seille. Nous avons dormi à merveille dans le premier village allemand et fumé de bons cigares. J’écris cette lettre parce que ce soir j’espère la faire parvenir. Nous retournons à Brin-sur-Seille, dernier villa­ge français où nous espérons nous repo­ser un jour.

août 1914 :

Ces chameaux de Prussiens ne nous attaquent pas, nous n’en avons pas enco­re vus ; l’on entend quelques coups de feu venant d’un trou. Ce matin, deux hussards y sont tombés.

Qu’est-ce à dire que demain ce ne sera pas nous qui serons sacrifiés ? Je t’en prie, pense à nous, fais prier et prie pour nous quoique je te montre un moment de faiblesse, sois assurée que cela ne fait que passer, que l’on reprend tout de suite cou­rage. Le sacrifice est fait, très dur à faire, mais il est fait. Si les balles m’épargnent et que je t’embrasse de nouveau, comme je serai heureux.

Si cela n’est pas, oublie-moi sans trop de peine. Je dis tout cela à cœur ouvert,car tu sais que je t’aime beaucoup. Cela me fait du bien de te parler, ainsi j’en suis soulagé.

Si l’on revient, tu ne nous reconnaîtras plus … si tu voyais comme on devient barbus !

                Le 26 août 1914, le 69ème est engagé dans de terribles combats près de Vitrimont, en Meurthe-et-Moselle et subit de grosses pertes. Léon Bastien est tué à l’ennemi au Friscati, « mort pour la France » au début du conflit.

                Cette journée est longuement décrite dans le JMO du 69ème sur Mémoire des Hommes.

 

 

 

 

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