Publié par : ds672 | août 21, 2009

La Feuillée-Dorothée, par M. le docteur LHERITIER

Parmi les promenades un peu plus lointaines, il en est deux qui jouissent d’une telle célébrité qu’aucun baigneur ne peut guère se dispenser de les visiter : l’une est la Feuillée-Dorothée, l’autre est le val d’Ajol.feuillée dorothée hotel

Le chemin de la Feuillée-Dorothée est des plus faci­les : on monte la route de Luxeuil, en appuyant toujours à gauche, jusqu’au moment où l’on aperçoit un po­teau indicateur portant ces mots : Chemin de la Feuillée-Dorothée; on suit cette direction, et on va droit devant soi, dans un chemin ombragé, jusqu’à ce qu’on ren­contre la maisonnette de Dorothée. Au reste, cette mo­deste demeure est si connue que le premier enfant venu vous montrera le chemin de l’ancienne feuillée.terrasse f.dorothée 1900

Presque tous les baigneurs s’imaginent que par feuillée on doit entendre une sorte de salle de verdure, dessinée et plantée avec une certaine symétrie, ayant des ran­gées d’arbres pour murailles, des branches pour char­pentes,un épais feuillage pour dôme et pour décoration. Tel est, en effet, la signification actuelle du mot. Aussi, lorsque arrivés à la Feuillée-Dorothée, les visiteurs n’a­perçoivent qu’une maisonnette que personne sans doute ne songerait à remarquer, sans le panorama qui se déroule à ses pieds, on se demande où est la feuillée, c’est-à-dire la salle de verdure; et comme, à l’excep­tion de quelques arbres plantés ça et là, un peu a l’a­venture, la Feuille-Dorothée est médiocrement feuil­lue, les visiteurs se croient aux prises avec une charade dont ils cherchent en vain le mot.FEUILLEE VAL AJOL Il est cependant bien simple. Au temps jadis, les promenades un peu longues se faisaient à l’aide de chars traînés par des bœufs ; et pour se garantir des ardeurs du soleil, les promeneurs établissaient au-dessus du char une toiture en feuillage ou en feuillée. Alors une partie de plaisir, une course dans la campagne était une feuillée. Or, comme depuis vingt-cinq ou trente ans une visite à la demeure de Dorothée est pour tout baigneur une promenade obligée, une par­tie de campagne voulue par l’usage, il suit de là que, depuis vingt-cinq ou trente ans, cette demeure se nomme  Feuillée-Dorothée.Hotel-de-la-Feuillee-Dorothee

Le charme de cette demeure est qu’elle domine le val d’Ajol, vallée ravissante que Ton a comparée à la fa­meuse vallée d’Argelez sur le Gave d’Azun, dans les Hautes-Pyrénées.vue sur le val d'ajol

« Sur la droite, au couchant, dit M. Friry, ces lignes bleuâtres appartiennent à la Comté et à la Bourgogne; là se lève la côte Saint-Valbert, et plus loin celle d’Aigre-mont. C’est au pied de cette dernière qu’Arioviste, l’ami du peuple romain, mais le rival malheureux de César, perdit tout espoir d’établissement dans les Gaules, deux de ses femmes et 80000 de ses compatriotes, géants moissonnés par l’intelligence d’un homme et la disci­pline d’un peuple conquérant.

«A gauche, il ne faut pas chercher de lointains hori­zons. Le monastère ou archiprieuré d’Hérival se cache dans une reculée de la gorge qui longe la montagne dentelée de la Vêche, Celle-ci, celles de Faymont, du Champ-Carré ou de Chèvre-Roche, sont les obstacles qui nous cachent la chrétienté, la terre Saint-Pierre de Remiremont. »epinette-vosges-2

Est-il absolument nécessaire de voir l’hôtesse de la feuillée, la bonne femme célèbre sous le nom de Doro­thée?— Non, sans doute, mais si l’on s’en allait de Plombières sans avoir rendu visite à Dorothée, on s’ex­poserait à passer pour un original.

Dorothée est une bonne vieille femme qui joue de l’épinette et fait des vers. Elle est avenante. On la dit d’une bienfaisance rare. Sa maison est petite, mais d’une charmante propreté. On y trouve un album où les voyageurs écrivent à tort et à travers leurs impres­sions. Ne disons rien de plus de cette excellente per­sonne qu’il serait honteux de vouloir célébrer pom­peusement : on cède souvent avec trop de facilité à la mauvaise inspiration de flatter ironiquement son talent poétique : cela n’est ni généreux, ni spirituel. A quicon­que la visite, elle offre son lait, son pain, son kirsch, ses fleurs. Si on accepte cette hospitalité sans la payer, Dorothée ne réclame pas; si sur la table de bois blanc on dépose quelque pièce blanche, Dorothée remercie avec effusion : on vient de lui fournir les moyens de consoler quelque misère, de soulager quelque in­firmité.val d'ajol vu de la feuillée

on peut complèter ce portrait par: 

http://www.hberlioz.com/France/Plombieresf.htm

Lettre de Berlioz (4 août 1857): Dorothée m’a reconnu de prime abord l’autre jour, on lui avait communiqué la première de mes lettres sur Plombières insérées dans le Journal des Débats; elle m’a remercié avec effusion d’y avoir parlé d’elle. Il a fallu écrire encore sur son livre poétique, et j’y ai copié le passage suivant de l’Armide de Gluck:

« Jamais dans ces beaux lieux notre attente n’est vaine
 Le lait que nous cherchons s’y vient offrir à nous,
 Et pour l’avoir trouvé sans peine
 Nous ne l’en trouvons pas moins doux. »


Responses

  1. Bonjour

    J’ai une photo de famille prise à la Feuillée Dorothée autour des années 1900. Si cela vous intéresse, et si vous me communiquez votre adresse électronique, je pourrai vous l’envoyer.

    Cordialement

    François Thouvenin


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